08.12.2007
Rachida, D. 17 ans, citoyenne avertie
« C’est avec un grand plaisir que j’écris à J.A. car il est devenu une source d’exposés en classe et c’est pour cela que je vous serais bien obligée de publier ma lettre.
Si je parle ainsi, c’est en connaissance de cause, en étrangère malgré ma naissance et toute ma vie passée en France. Dans J.A. n° 1144, un article a particulièrement attiré mon attention, celui des travailleurs “clandestins”. Le problème s’accentue sous toutes ses formes. Avec ces régularisations des “sans-papiers”, avec ceux qui font la grève de la faim pour être enfin assimilés à leurs compatriotes étrangers en règle. Le résultat est hausse de tension, racisme et même xénophobie envers ces étrangers dont la plupart ne le méritent pas, quelle que soit leur situation. Ces réactions sont fortement ressenties à tous les niveaux et particulièrement dans les endroits publics (écoles, bureaux). Est-ce la faute de ces étrangers, qui sont venus pendant la prospérité et qui, dorénavant, sont remis en cause quotidiennement ? Alors, je tiens à dire aux Français qui disent aux étrangers : « Si tu n’es pas content, retourne dans ton pays où on crève de faim » qu’ils sont ridicules.
Ils ne s’imaginent pas la crise qui pourrait atteindre “leur” pays avec le départ de “ces bougnoules”. Quant au slogan des employeurs, c’est : « Tais-toi ou pars ! » Excusez-moi pour l’écriture, mais je vous ai écrit en étude. »
Publié dans Jeune Afrique, 1982
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06.12.2007
La peurite
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30.11.2007
First We Take Manhattan (kid harpoon )
11:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.11.2007
Tolbiac et alentours: la nausée et après?
par Judith Revel, Maitre de Conférence à Paris I
Je crois qu'il faut raconter ce que certains d'entre nous ont vu à pmf, ce matin.
Raconter la mise en place minutieuse des conditions ad hoc pour que cela finisse mal.
Raconter l'escalier de secours demeuré étrangement ouvert alors que tout était archi-controlé (c'était même le motif officiel de l'ouverture tardive de pmf: une porte cassée et dangereuse), et dans lequel s'engouffrent à plusieurs reprises des dizaines d'anti-bloqueurs, avant d'en ressortir et de refluer vers les amphis. Raconter les visages qui ne sont visiblement pas de pmf et qui instiguent au clash physyque avec les bloqueurs, encouragent les troupes et organisent l'offensive.
Raconter aussi comment on finit par se retrouver à deux ou à trois, à parloter avec les bloqueurs pour essayer de raisonner ensemble et de sortir de l'impasse (celle du blocage) - pour éviter le pire, pour tenter autre chose qu'un pur rapport de force. Dire avec quelle attention (et quelle demande) ils écoutent et pensent à voix haute, conscients qu'ils sont d'être à bout et de devoir chercher une porte de sortie politique, "par le haut". Et se souvenir de tous ces collègues
qui appelaient à une présence massive face aux étudiants pour tenter la voie du dialogue, mercredi dernier, lors de la réunion du Panthéon - et qui ce matin, une fois encore, n'y étaient pas. Plus facile de manier le bâton que l'intelligence, la menace que la discussion, la répression que la politique.
Raconter ce que l'on éprouve quand, ayant dit à un collègue qu'on a tenté de discuter avec les étudiants des piquets, que ça marche même si c'est un bricolage improvisé, et que c'est par là qu'il faut passer pour retrouver la normalité à pmf, ce même collègue vous rétorque que parler avec les bloqueurs, c'est parler avec des jeunes fascistes.
Raconter l'infinie tristesse de cette abdication du coeur et de la raison, cette nausée qui prend, comme enseignant et comme adulte, comme citoyen et comme parent, à entendre cela. Raconter l'intervention prévisible de la police sur le coup de midi.
Raconter l'AG de la Sorbonne, à 12h, et encore, toujours, cette impression que les étudiants sont en demande totale d'autres parcours de lutte, d'autres espaces de discussion, mais qu'ils ne savent plus quoi faire.
Ils ont 20 ans. La plupart ont reçu leur baptême politique lors du mouvement anti-CPE. Ils y ont appris l'espoir, et la joie d'être ensemble et de se battre. Ils savent aussi qu'à ce jeu là, il arrive qu'on gagne. Ils y croient. Et voilà qu'on durcit le ton, qu'on les enferre, qu'ils s'épuisent à défendre l'indéfendable (le blocage), qu'ils y passent leur temps, qu'ils cessent progressivement de faire quoi que ce soit d'autre (lutter, réflechir, agir, se concerter, décider), c'est-à-dire en réalité qu'ils arrêtent de faire de la politique. Et voilà quils sont pris au piège.
Nous, enseignants opposés à la LRU, nous avons parfois reconnu en eux ce que nous étions il y a 20 ans: même maladresse, même entêtement, même inexpérience. Mais nous savons aussi ce que nous leur devons - un conflit qui, sans eux, n'aurait pas obtenu la même visibilité, un conflit qui est aussi notre conflit - parce que nous leur devons d'avoir tenté d'agir au nom d'une indignation qui est aussi la nôtre. Alors aidons-les.
La manipulation de l'université a consisté jusqu'à présent à faire disparaître la LRU sous des arguments d'ordre publique et de légalité. Nous qui sommes opposés au blocage (non pas au nom d'une quelconque morale, mais au nom de la démocratie et du partage des savoirs, du droit à apprendre et de la joie d'enseigner), nous qui sommes également farouchement opposés à cette loi, aidons les étudiants en lutte à trouver un autre terrain d'expression, un autre rapport de force, une autre visibilité que celle du blocage. Participons aux AG, parlons, discutons, reprenons pied sur ce terrain politique infiniment plus large que la triple cage d'escalier en béton d'une université parisienne.
Réflechissons à voix haute avec eux, pour eux, pour nous.
D'autres expériences en Europe peuvent nous suggérer des pistes. En Italie, où le mouvement étudiant, historiquement très fort, a repris depuis une quinzaine d'années (et où la loi sur l'autonomie est passée au début des années 2000, provoquant un démantèlement progressif de l'accès aux savoirs), les étudiants ont obtenu dans la plupart des
grandes universités - et de manière stable- des amphis ou des salles autogérées, et un certain nombre d'heures de co-gestion didactique des heures de cours (la co-gestion portant sur les contenus, le choix d'une partie des programmes etc). Cela n'empêche pas les cours de se tenir normalement dans la majorité des cas, mais cela inscrit dans les maquettes une activité de réflexion critique sur la politique des savoirs et sur la gestion de l'université, sur les programmes et sur les évaluations. Les résultats (universitaires, politiques) en sont étonnants. C'est une possibilité parmi tant d'autres.
Judith Revel, MCF.
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25.10.2007
La communication politique
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